INTERVIEW DE DAVID HENRI - REALISATEUR - 2001

Q : Pourquoi mixer le documentaire et le film ? N'avez-vous pas eu peur de confondre les genres ?
R : Ce projet devait être un documentaire suivant des anorexiques qui écrivaient au jour le jour leurs impressions. Mais, le mensonge est au cœur de l'anorexie et je n'arrivai à rien avec ce projet. La seule collaboration durable que j'ai eu avec une anorexique, c'est quand celle-ci se plaçait hors de la maladie, dans un processus de guérison. : ce fut Laetitia. Je savais pourtant, en la filmant, que Laetitia jouait un rôle. A mon tour, j'ai prétendu faire un film sur sa guérison. Paradoxalement, ce mensonge réciproque était la seule manière d'arriver à quelque chose d'honnête pour le spectateur . Je me suis servi de ce malaise face à son passé pour boucler ensemble son parcours et celui de Sarah. Laetitia se situe comme étant sortie d'affaire, en avance sur le trajet que commence à expérimenter Sarah. En fait, elles sont sur le même trajet en boucle repassant sans cesse par le même point. A cette différence près qu'au début du film Sarah est exaltée par cet état alors que Laetitia, qui a plus d'expérience, est accablée.

Q : De quoi traite " La voleuse d'images " et quelles ont été les motivations qui vous ont poussé à faire ce film ?
R : Ma première motivation était de traiter de l'anorexie mentale autrement que dans ces émissions du type " Ca se discute " ou " Savoir plus santé " qui sont riches au niveau factuel mais qui à restent à la surface du problème. L'anorexie mentale n'est pas une maladie comme les autres. D'ailleurs ce n'est pas une maladie, c'est un état, une addiction. On ne guérit pas de l'anorexie, on redevient très lentement comme les autres ou l'on finit par mourir. C'est une prise de pouvoir de l'esprit sur le corps. L'anorexique se crée un nouveau monde dont il est le centre, avec de nouvelles valeurs gravitant autour de la restriction et du mérite, tout en développant une hypersensibilité au monde extérieur qui devient l'ennemi. Ma seconde motivation était d'essayer, à travers la forme cinématographique, de faire ressentir au spectateur, l'espace d'une heure, la tempête intérieure que vit une anorexique. C'est plus compliqué qu'en littérature mais je pense y être arrivé. En tout cas, j'ai été sincère et c'est sûrement mon film le plus personnel. J'ai été moi-même anorexique pendant des années. L'équipe de ce film à été très réduite mais tous ont été vraiment touché par le sujet.

>>> "LA VOLEUSE D'IMAGES" SERA DIFFUSE A PARTIR DU 14 FEVRIER 2007 POUR UN TEMPS LIMITE A LA PAGE "EXTRAITS"